vendredi 20 avril 2007

A Prevert




LE PEINTRE


Devant la cage des oiseaux
Un peintre courbé en deux
Regarde les perroquets
La palette dans le dos.
Elle est terne sa palette,
Tout comme ses yeux.
Alors il demande aux oiseaux:
De toutes vos plumes
Donnez-m'en une ou deux.
Un oiseau cligne des yeux
En signe de non,
Ouvre son bec et chante très haut.
Des notes de toutes les couleurs
Résonnent dans la cage
Et s'accrochent aux barreaux.
Le peintre sort de sa poche
Un couteau à palette puis un pinceau
Et colle toutes les notes
Dans une cage, sur un tableau.
Mais le tableau n'est pas beau
Il y a quelque chose de trop.
Alors le peintre efface les barreaux
Et les notes de couleurs explosent
Dans une marche bleue
Et partent droit devant elles.


Le tableau reste vide et silencieux
Mais le peintre a gardé les éclats
Des couleurs dans ses yeux.
Il redresse le dos
Et s'en va lentement
La tête pleine de tableaux
Tous très beaux
Tous très libres
Grâce aux oiseaux.











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