vendredi 27 avril 2007

LE VOYAGE




C'était un rêve éveillé
Bleu-vert ensoleillé

L'air était frais et transparent
Quand soudain une bulle de savon
Heurta le pare-brise de ma voiture
Et éclata mon rêve en mille brisures.

J'ai atterri dans un parking souterrain
Et sous l'emprise de l'odeur de pisse
Les vitres fermées, j'ai continué à rêver.

J'étais assis sur une table en chêne
Ornée d'une nappe de lin.
Je regardais passer les plats de porcelaine
Tandis qu'un maître d'hôtel
Me montrait gaiement
Sur un plateau d'argent
Des factures non réglées.
Rien d'important:
Le loyer, l'électricité
Et quelques assurances
Sans lesquelles on ne peut fonctionner
La sécurité sociale de mon être
Et la sécurité conviviale de mes fenêtres.

Je songeais à l'attitude proportionnelle
A adopter
Soustraire l'envie de payer
De l'argent qui manquait
Alors?
Voler, ce n'était pas bien
Mentir, ce n'était pas très juste
Tricher, c'était assez quelconque
Et mourir, encore plus.
Alors me vint l'idée
De voir cette affaire
Sous une autre lumière.

Ayant très faim,
J'ai enfourché les quelques factures
Qui traînaient dans l'assiette
Je les ai mangées et j'ai tout arrosé
D'un grand verre de vin
Venu de Touraine.
Ensuite je me suis rincé les dents
Pour enlever le goût stagnant.
J'ai pris sous le bras
Ma voiture qui ne démarrait pas
Et je me suis tiré, hors-la-loi.

J'ai bu de l'eau à la fontaine
Et j'ai joué au petit bateau
Avec mon auto.

Puis des fous habillés en blanc sont venus
M'ont tiraillé et matraqué
De coups de pieds.
Ils ont enroulé mon corps mutilé
Dans une camisole de force serrée.

Alors seulement j'ai hurlé
La rage sortait par le bout de mon nez.

Je me suis réveillé.
En réalité, j'étais à deux pas
De la fontaine Saint-Sulpice
Avec les lions qui pissent
Entre l'Hôtel des impôts et le commissariat
Assis par terre
Ma cane blanche à côté de moi
Et quelques pigeons qui picoraient le blé
Dans ma petite boîte à monnaie.



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